Once upon a time in da tube

by sweetange on 21 février 2011

102415525

Se lever. Avaler quelque chose en vérifiant sur son smartphone que la Galaxie ne s’est pas effondrée, recouvrir ses cernes de produit au fini poudré, prendre son sac, prendre le métro. Arriver au travail, s’installer devant son ordinateur et un café latte, enchaîner une journée qui passe en éclair entre dossiers à boucler et questions auxquelles répondre. Connaître son sujet, ou apprendre à.  Rire au déjeuner puis continuer. Regarder sa montre, se dépêcher un peu. Prendre le métro, faire la bise aux copines, aux autres aussi en fait. Se servir un verre, plaisanter, être un peu superficielle. Sourire encore, se plaire de sa vie simple. Prendre le métro.

107706461

Et là, voir un SDF tomber sur le sol d’une râme, et voir comme au ralenti son voisin lui asséner un coup de pied dans la tête. Entendre distinctement « Lèves-toi au lieu d’être un déchet ».

C’est arrivé. Malheureusement, on l’imagine aisément, pas que ce soir là. Quatre personnes se sont levées. Trois femmes, et le mari d’une d’entre elles, pour lui dire « Chéri assieds-toi, je n’ai pas envie de problèmes ce soir ». Elle ne s’est pas rassise. Elle a parlé d’une douce voix de maman pour dire que « Non, on ne frappe pas, ce n’est pas bien de faire ça. On va s’asseoir et parler, d’accord ? ».

102937550

Attendre que le métro arrive à la prochaine station. Descendre et courir en ballerine pour prévenir le conducteur parce que du haut de son mètre soixante-huit, un gift bag à la main et ses écouteurs sur les oreilles, on fait quoi dans ces moments-là ?

Et comprendre d’un coup que si les hommes ne se lèvent pas toujours, c’est peut-être aussi pour ça: parce qu’une femme a le droit d’aller chercher de l’aide, de parler doucement, parce qu’elle a une chance de pouvoir s’interposer calmement. Un homme nettement moins.

108876355

Se rappeler que l’on a travaillé à la SNCF quand on était étudiante, demander de bloquer le métro,  un coup a projeté la tête de l’homme à l’endroit de la fermeture des portes. Encourager à appeler le Samu. Et entendre

« C’est bon, c’est un SDF, il a l’habitude. Qu’est-ce qu’on s’en moque ? C’est simplement gênant pour les gens qui, eux, travaillent. Il va y avoir du retard sur la ligne « 

Être choquée.

Avoir envie de hurler sur les toits que bordel, comment peut-on se regarder dans le miroir quand on pense que les gens n’ont pas le même droit à la vie et la santé en fonction de leur condition ? Que ne pas avoir de maison, qu’être malheureux, qu’avoir perdu son job n’implique pas que l’on a perdu un bout de son âme ou de son humanité.

Rester debout en attendant l’intervention de la RATP Sécurité.

83489360

Avoir envie de dire merci à tous ces gens de l’ombre qui font des choses bien. Aux pompiers, aux secouristes, aux agents de sécurité, aux bénévoles des Restos du Coeur, et à ceux des autres associations humanitaires.

Parce qu’il n’y a pas d’âge ou de condition pour être malheureux et pour tomber sur le sol. Pas non plus pour aider à se relever.

*

[ Photos: Getty Images. Deux sur trois représentant le tube londonien là où j'évoque le métro parisien, j'en ai conscience ]

Rendez-vous sur Hellocoton !

2 Responses to “Once upon a time in da tube”

  • katia dit :

    Je ne prends plus le métro, je ne me déplace qu’en vélo, même sous la pluie. Je ne supporte plus ce spectacle sordide, l’indifférence. Paris est une ville très cruelle et très dure, moi qui viens de Province, je ne m’y ferais jamais. Je ne peux pas quitter cette ville non plus, à cause du travail et aussi parce qu’au fil des années, j’ai appris à l’aimer. Mais jamais je ne tournerai la tête devant une mère et son enfant faisant la manche, sortirai mon blackberry au moment où un sdf me demande une pièce, ou garderai mes écouteurs pendant qu’une femme sans abri pousse la chansonnette de wagon en wagon, dans l’espoir de récolter 50 centimes. Je ne veux pas devenir une parisienne pressée, égoïste et sans coeur, je m’y refuse.

  • Fanny dit :

    Y’a des coups de boule qui se perdent pour certaines personnes. « Laissez le se faire tabasser, c’est bon je vais avoir 10 minutes de retard pour rentrer chez moi. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>